Révocation ad nutum d’un dirigeant de SAS : ce que dit la jurisprudence récente et comment sécuriser vos pratiques
La révocation d’un dirigeant de société par actions simplifiée (SAS) est un sujet sensible, surtout lorsque les statuts prévoient une clause de révocation ad nutum (sans juste motif).
Deux arrêts rendus par la Cour de cassation le 9 juillet 2025 (n° 24-10.428 et n° 23-21.160) viennent clarifier les règles applicables, notamment sur la possibilité d’indemniser un dirigeant révoqué malgré une clause statutaire contraire.
Voici ce qu’il faut retenir pour sécuriser vos opérations et éviter les contentieux.
Précision : cette analyse concerne aussi bien le Président d’une SAS qu’un Directeur général
1. La révocation ad nutum en SAS, une liberté sauf encadrement par les statuts
Contrairement aux sociétés anonymes, où la révocation ad nutum est imposée pour certains dirigeants (membres du conseil d’administration, président du directoire), les SAS bénéficient d’une grande liberté statutaire.
Les associés peuvent choisir entre :
Attention : En l’absence de précision dans les statuts, la jurisprudence considère que la révocation peut intervenir ad nutum (Cass. com., 9 mars 2022, n° 19-25.795).
Si les statuts se contentent de mentionner que le dirigeant est « révocable à tout moment », aucun juste motif n’est exigé, et le dirigeant ne peut pas prétendre à une indemnisation sur ce fondement.
2. Peut-on indemniser un dirigeant révoqué ad nutum ?
La question se pose lorsque les statuts prévoient une révocation ad nutum sans indemnité, mais qu’un acte extrastatutaire (pacte d’associés, lettre, procès-verbal) promet une compensation au dirigeant. La jurisprudence récente apporte deux réponses distinctes :
A. Les actes extrastatutaires ou procès-verbaux ne peuvent pas déroger aux statuts
La Cour de cassation rappelle que les statuts priment sur tout autre document (Cass. com., 12 oct. 2022, n° 21-15.382 et 9 juill. 2025, n° 24-10.428).
Ainsi :
B. L’exception : l’engagement personnel des associés
La jurisprudence admet cependant une dérogation si les associés s’engagent à titre personnel (et non au nom de la société) à indemniser le dirigeant (Cass. com., 9 juill. 2025, n° 23-21.160).
C. autre exception : révocation brutale, dans des conditions vexatoires ou contraires à l’obligation de loyauté
Même en cas de révocation ad nutum, un dirigeant peut demander réparation s’il prouve que sa révocation a été :
3. Que faire ?
A. Pour les associés (ou l’associé unique) :
B. Pour les dirigeants :
4. Conclusion : anticiper pour éviter les contentieux
La révocation ad nutum en SAS offre une flexibilité aux associés, mais elle doit être strictement encadrée pour éviter les risques juridiques et financiers.
Les enseignements de la jurisprudence récente sont clairs :
1. Les statuts priment sur tout autre document.
2. Seul un engagement personnel des associés (et non de la société) peut permettre une indemnisation malgré une clause ad nutum.
3. Une révocation brutale ou vexatoire ouvre droit à réparation, même en l’absence de juste motif.
Avant toute révocation ou nomination de dirigeant, faites auditer vos statuts et vos engagements extrastatutaires par un avocat intervenant en droit des sociétés.
Une rédaction précise et une stratégie adaptée (modification des statuts, pacte d’associés, engagement personnel) vous éviteront des litiges coûteux et chronophages.
Besoin d’un accompagnement ?
Notre cabinet intervient en :
· Rédaction et révision de statuts de SAS (notamment clauses de révocation, indemnités).
· Négociation de pactes d’associés (sécurisation des engagements extrastatutaires).
· Due diligence en cessions-acquisitions (vérification des risques liés aux dirigeants).
*****************
Hervé FECHY
Avocat associé